Les Cloches de Sainte-Anne

Voix de Dieu, quatuor inimitable

Big bellDe Purgatorio), tous les prêtres sont fortement invités à célébrer la Sainte Messe trois fois le jour de la commémoration de tous les fidèles décédés, conformément à la Constitution Apostolique "Incruentum Altaris", publiée par le Pape Benoît XV, de vénérable mémoire, le 10 août 1915

De Purgatorio), tous les prêtres sont fortement invités à célébrer la Sainte Messe trois fois le jour de la commémoration de tous les fidèles décédés, conformément à la Constitution Apostolique "Incruentum Altaris", publiée par le Pape Benoît XV, de vénérable mémoire, le 10 août 1915

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Les cloches de Sainte-Anne prolongent en leur tour les traditions dont elles sont issues et sont acquises en 1910 de la préstigieuse fonderie française Paccard[2]. Fondée en 1796, la maison Paccard existe toujours et demeure la plus grande fonderie française de cloches en existence. Les cloches de Sainte-Anne se sont tues en 2011 alors que leur église est contrainte à fermer ses portes et continuent à garder le silence lorsque celle-ci est confiée à la Paroisse Saint-Clément par Son Excellence l’Archevêque Terrence Prendergast,s.j.[3]. Condannées au silence premièrement par la fermeture de l’église et ensuite jugées hors-d’usage alors qu’une faille est découverte plus tard dans une poutre de soutien, les résidents de la Basse-Ville devront attendre le dimanche de Pâques 2013 avant de pouvoir entendre de nouveau sonner leurs cloches. Il était tout à fait approprié que les cloches, sonnées à pleine volée ce matin-là, viennent ainsi marquer la Résurrection. Elles avaient, au fait, trois raisons pour se joindre en célébration aux fidèles ce jour-là car, en plus des Pâques qu’elles fêtaient, elles annonçaient leur retour au service de Dieu en soulignant par la même occasion un départ nouveau et une année-anniversaire importante dans la vie de leur église, bâtie au cœur de la Basse-Ville en 1873.

La fonte d’une cloche se fait à partir d’un moule dans lequel est versé un alliage appelé «airain» dont la bonne proportion est de 78% cuivre et de 22% étain. Elle reçoit sa «voix» toute individuelle et unique, qui la distinguera de toute autre de ses semblables quand, lors d’une prochaine étape dans sa production, est limée l’épaisseur de ses parois. Fondues en Haute-Savoie selon des méthodes traditionnelles pour la plupart demeurées inchangées depuis le 12e siècle et qui font appel à l’emploi d’un moule en pierres ou briques recouvert d’une couche de sable ou de glaise à qui est parfois ajouté du crottin de cheval[4], les quatre cloches de Sainte-Anne pèsent au total près de 4 000 livres et portent chacune ses emblèmes et dédicaces individuels. La première pesant 1 500 livres donne le Sol; la seconde, d’un poids de 1 100 livres donne le La; la troisième à 800 livres donne le Si et la quatrième à 500 livres, le Re.

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Si nous savons quelque chose à leur sujet et les traditions qui leur ont donné jour, les cloches de Sainte-Anne gardent quand-même pour elles toutes seules des secrets. Nous n’avons aucune idée, par exemple, du montant de la commande, sans doute onéreuse, passée en 1910 par la paroisse auprès de Monsieur Z, Adessa Tourangeau[6], représentant d’alors de la maison Paccard à Montréal. Un incendie survenu en 1920 dans lequel ont péri tant d’archives paroissiales[7] rend tout à fait possible que les cloches puissent pendant longtemps encore continuer à faire preuve de discrétion à ce sujet. Ce dont nous pouvons être certains, c’est que cet achat important constituait un sacrifice financier pour une paroisse à moyens très modestes. Pour en juger, il suffit de se rappeler que le salaire moyen d’un ouvrier syndiqué de l’époque se chiffrait a 405$ l’an[8]. Si le coût des cloches demeure un point d’interrogation, nous en savons plus long quant à leur moyen d’opération original. Commandé à Montréal, le mécanisme éléctrique qui en assurait le fonctionnement est installé en même temps que les cloches et a coûté 1 245$ à la paroisse. Cette somme est presqu’entièrement enrayée par une quête le jour-même de leur bénédiction solennelle le dimanche 4 décembre, 1910 [9]. C’est cet esprit de générosité qui a permis aux quatre cloches de Sainte-Anne de prendre place au service de Dieu de pair avec leurs consœurs de partout dans le monde.

Aujourd’hui considérées l’attribut suranné et pittoresque d’une église par beaucoup et comme rappel agaçant du divin par certains, les cloches d’église continuent à remplir le rôle essentiel qui leur a toujours été confié. En plus d’assurer très souvent à la communauté des services anodins tel celui de marquer le passage des heures, la vie active des cloches est indissociable de celle de l’Église et, lorsqu’elles sont sonnées en l’honneur de Dieu, rappellent le sacré aux fidèles.

© Paroisse Saint-Clément à l’église Sainte-Anne 2013

[1] H. Thurston, «Bells», The Catholic Encyclopedia, 29 mai 2013, http://www.newadvent.org/cathen/02418b.htm.

[2] Jules Tremblay, Sainte-Anne d’Ottawa – Un résumé d’histoire 1873 -1973 (Ottawa, 1925), p. 253.

[3] Archidiocèse d’Ottawa, Mgr Prendergast acceuille le déménagement de la paroisse St-Clément à l’église Ste-Anne, 23 avril 2012.

[4] “Bellfounding”, Wikipedia, modifié le 28 Février, 2013, http://en.wikipedia.org/wiki/Bellfounding.

[5] François Mathieu, Les cloches d’Égilse du Québec – Sujets de culture (Québec, 2010), p. 173.

[6] Le Temps, 5 Décembre 1910, “Bénédiction de cloches à l’Église Sainte-Anne”, 5 Dec. 1910, p. 8.

[7] Jules Tremblay, Sainte-Anne d’Ottawa, p.v.

[8] Canada Department of Labour, The Labour Gazette, July 1907- June 1908 (Ottawa, 1908).

[9] Jules Tremblay, Sainte-Anne d'Ottawa, 254