Un message de l'abbé Deprey

Le cardinal Sarah sur l’appréciation des bienfaits reçus

Mes chers paroissiens,

Ce n’est pas trop de dire que cette semaine a été très étrange pour nous.  Malgré son étrangeté, la vie continue à la paroisse.   Les prêtres prient ensemble leur bréviaire du matin, suivi de la méditation matinale.  Nous célébrons chacun nos messes quotidiennes.  Les fidèles continuent de nous contacter pour arranger un temps pour les confessions.  L’après-midi, nous prions le chapelet en commun.  Et nous continuons à préparer nos sermons pour les dimanches et les fêtes.  Alors que je vous écris, l’abbé Debow travaille présentement sur son sermon pour  le dimanche de la Passion.    Nous travaillons également à filmer et à télécharger les messes et les chapelets et nous expérimentons l’amélioration de la qualité sonore.  La réponse à cette initiative a été très encourageante.   Je sais que j’avais initialement demandé qu’on fasse un jeûne technologique pour Carême; mais étant donné les circonstances actuelles, profitons de ce qu’elle a à nous offrir pour la vie spirituelle.  Mais ne soyons pas trop coller à l’écran.   Il est important que tout le monde sorte de la maison, que vous alliez vous promener et que vous vous occupiez de projets autour de la maison.   On pourrait probablement consacrer un peu de temps à faire le nettoyage annuel qu’on fait d’habitude au printemps.  Ça nous aidera à ne pas devenir névrosés.

Nous avons reçu de nombreux appels téléphoniques de personnes demandant à se confesser et nous avons fait de notre mieux pour offrir ce sacrement dans un environnement sûr.   Nous disposons de deux endroits dans les salles de catéchisme de la salle paroissiale, qui sont moins confinées qu’un confessionnal ordinaire et qui peuvent être plus facilement nettoyées et aérées tout en offrant suffisamment d’intimité.  Vous serez heureux d’apprendre que, même si vous devez prendre rendez-vous (pour éviter d’avoir trop de monde à la fois), nous avons des prie-Dieu avec écran pour que vous puissiez rester anonyme.   D’autres préfèrent se confesser simplement à l’extérieur, sur le perron en arrière de la salle, ou en faisant une promenade avec le prêtre dans le quartier.   N’hésitez pas à nous contacter pour un rendez-vous.

Avec l’aide de trois bénévoles, nous avons réussi à faire repasser tous les voiles pour le dimanche de la Passion et à couvrir toutes les statues.   Même si vous ne pouvez pas être avec nous, nous pensons qu’il est important que les coutumes liturgiques continuent.  Si vous ne l’avez pas fait chez vous, je vous encourage à trouver des moyens de couvrir au moins vos principales images sacrées, dans un esprit de pénitence.

Pourquoi couvrons-nous nos images sacrées le dimanche de la Passion ?

Il y a un vieil adage qui dit essentiellement que nous ne connaissons pas la valeur d’une chose qu’en la perdant.   C’est lorsqu’on nous les enlève que nous voyons à quel point elles étaient importantes et à quel point nous en dépendions.

C’est tellement vrai !

J’y réfléchis depuis que les restrictions sur les rassemblements ont commencé à avoir lieu avec cette crise du virus.  Et maintenant, avec la fermeture de l’église, encore plus.

Je crois que Dieu essaie de nous dire quelque chose.

Que nous l’avons si souvent pris pour acquis.   Peut-être, comme un bon père qui a besoin de donner une leçon de gratitude à son enfant, notre Père célèste a décidé de nous retirer sa main consolante pour un temps, afin que nous appréciions mieux tout ce qu’il fournit à des enfants ingrats.

Nous avons tellement envie d’assister au Saint Sacrifice de la Messe et de recevoir la Sainte Communion.   Entendre la chorale et sentir l’encens.  De voir la sainte liturgie dans toute sa splendeur.   De voir nos garçons servir la messe.   De rencontrers nos amis après la messe.   Mais les circonstances actuelles nous empêchent de le faire.

Mais n’oubliez pas que cette privation du bien est une occasion de redoubler notre sens d’appréciation.  Trop souvent, nous “recevons” les sacrements mais oublions de remercier le Seigneur pour le don reçu.

En ce temps de privation, ce n’est pas suffisant de simplement demander au Seigneur d’enlever les restrictions actuelles dans vos prières.   Non.  C’est plutôt un moment propice de Le remercier pour tout ce que vous avez reçu de Lui.   De le remercier grandement pour le don gratuit de Lui-même dans la Sainte Eucharistie.   De demander pardon pour toutes les fois que vous ne l’aviez même pas remercier.

Combien de saintes communions avez-vous reçues dans votre vie ?   Pouvez-vous les compter?   Pensez au fil des années au nombre de fois où vous avez reçu Notre Seigneur, au nombre de messes auxquelles vous avez assisté.  Avec toutes ces saintes communions, nous devrions tous être déjà des saints.  La réalité est que la plupart d’entre nous ne le sont pas.

Et pourquoi ?

Nous manquons les dispositions.   Et l’une d’entre elles est liée à la gratitude.   N’approchons plus la confession et la communion comme une “porte tournante”.    Et surtout, ne réduisons pas la Sainte Eucharistie à un simple “droit”.   Ce n’est pas un “droit” mais plutôt un privilège.   Un don gratuit de Dieu.

Nous ne méritons pas ce don inouï de Dieu.

Le cardinal Robert Sarah, dans son récent livre écrit en collaboration avec le pape émérite Benoît XVI intitulé “Des profondeurs de nos cœurs”, fait référence à cet aspect.  Dans un chapitre il parle de l’erreur qui consiste à ordonner des hommes mariés à la prêtrise en Amazonie sous prétexte que les gens ont un “droit” à l’Eucharistie.   Réfléchissant sur ce concept de la réduction de l’Eucharistie à un “droit”, il dit avec audace :

Le sacerdoce est un don qui se reçoit comme est reçue l’Incarnation du Verbe.  Il n’est ni un droit ni une obligation.  Une communauté qui serait formée dans l’ídée d’un « droit à l’Eucharistie » ne serait plus disciple du Christ.  Comme son nom l’indique, l’Eucharistie est action de grâce, don gratuit, présent miséricordieux.  La présence eucharistique se reçoit avec émerveillement et joie comme un don immérité.  Le fidèle qui la réclame comme un dû montre qu’il n’est pas capable de la comprendre. 

(Des profondeurs de nos cœurs, chap. 2, p. 91, Librairie Arthème Fayard, 2020)

Quelle déclaration !

Avons-nous peut-être réduit la réception des sacrements, du moins dans nos perceptions, comme un simple droit, surtout maintenant ?  Avons-nous peut-être perdu notre sens d’émerveillement et d’appréciation du don de Dieu ?   Avons-nous oublié qu’en fin de compte, nous ne la méritons pas ?

Mes chers paroissiens, ce n’est pas le moment d’organiser des rassemblements de protestation ou des pétitions ou d’envoyer des lettres amères à notre archevêque, à vos prêtres ou à nos supérieurs.  Qu’est-ce que cela accomplira pour les dispositions de votre âme ?

C’est plutôt le moment d’être reconnaissants des bienfaits reçus.   Parce que Dieu a été si bon envers vous.  Et maintenant il nous punit.

Qu’allez-vous Lui donner en retour pour ce don de la croix pendant le Carême ?  Allez-vous laisser le Seigneur vous former aux vertus de patience et de réparation par cette croix, ou allez-vous cultiver l’amertume ?

À vous de choisir.

Notre Seigneur nous dit :

Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. (Matthieu 16 :24)

Et saint Paul nous dit :

Nous savons d’ailleurs que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son éternel dessein. (Romains 8, 28)

En fin de compte, le Seigneur nous appel a avoir confiance en Lui.   Et n’oubliez pas ce que Notre Seigneur a dit :

Car où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux. (Matthieu 18, 20)

Notre Seigneur ne vous a pas abandonné.  Si vous priez le rosaire en famille, Il sera là au milieu de vous.

Continuez à prier, faites une communion spirituelle quotidienne, et vous traverserez cette tempête dans la paix.

Vous trouverez ci-dessous une prière pour la communion spirituelle.

Nous prions tous pour vous !  Nous allons passer à travers cette épreuve ensemble – n’ayez pas peur !  Et merci d’avance pour vos prières — nous en avons besoin !

In Christo,
Abbé Erik Deprey, FSSP
Curé

COMMUNION SPIRITUELLE

Mon Jésus, je crois à votre présence dans le Très Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je désire que vous veniez dans mon âme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon coeur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous étiez déjà venu, et je m’unis à vous tout entier. Ne permettez pas que j’aie jamais le malheur de me séparer de vous. Ainsi soit-il !